Visions du Grand Paris -  Séminaire " Concevoir les territoires, entre villes complètes et morceaux de métropole" - Paris Métropole

Ce sixième séminaire de travail qui s’est tenu le 13 octobre à Paris Métropole a conclu le cycle «Visions du Grand Paris » qui a exploré les di érentes facettes des mutations métropolitaines. A ce stade, du point de vue des stratégies locales, deux types de questionnement en résultent :
 • Le premier est relatif à l’intégration locale des fonctions métropolitaines « hors d’échelle »,
 • Le second tient à la nécessité pour chaque territoire, à quelque niveau que ce soit, de se considérer à la fois comme une « ville complète » et un « morceau de métropole ».

Les morceaux de métropole dans l’espace local : l’intégration est en marche

Vers la fin des enclaves métropolitaines ?
Héritage de la longue histoire du desserrement parisien ou fruit de développements plus récents, bon nombre de territoires du Grand Paris accueillent en leur sein des fonctions métropolitaines : infrastructures ou grands équipements (ports, aéroports, universités, hôpitaux, zones logistiques, centres commerciaux…). Si elle est loin d’être achevée, on peut néanmoins considérer que l’intégration locale de ces enclaves métropolitaines est en marche. Elle prend des formes diverses : domestication des grandes infrastructures, ouverture vers les fleuves et canaux, transformation urbaine des grandes zones fonctionnelles... L’exigence de valorisation foncière des opérateurs propriétaires constitue à cet égard un facteur favorable à cette dynamique de porosité locale.

Une question de gouvernance, entre les niveaux et entre parties prenantes
Au-delà de ce constat et du jeu complexe entre dynamiques de marché et volontarisme politique local, ce processus de «désenclavement» interpelle la gouvernance métropolitaine aux différents niveaux. Elle pose la question d’un possible enjeu de régulation au niveau supérieur mais aussi du risque de différenciation au sein de l’espace local : aux uns, l’intervention et l’investissement sur les « enclaves métropolitaines », aux autres, la responsabilité du reste du territoire local et notamment des centres-villes. Ce désenclavement des fonctions métropolitaines peut-il être également une manière d’expliciter « l’intérêt métropolitain » ?

Au-delà de l’ouverture physique de ces enclaves, la question essentielle est celle de leur ouverture fonctionnelle, des synergies locales que ces fonctions métropolitaines peuvent assurer. Cela nécessite d’installer de lents processus d’apprivoisement mutuel entre ces opérateurs et les acteurs locaux.

Enfin, c’est au travers de ces enclaves et des fonctions qui s’y développent que les territoires se retrouvent de fait en situation de concurrence.

« Aujourd’hui l’Aéroport de Paris a tout intérêt, en tant que SA, à valoriser les terrains autour du Bourget, ça réouvre le jeu. »  (Albert Conty, 1er adjoint au maire du Bourget et VP développement économique de l’EPT Terres d’Envols)

« Dans la vallée de la bièvre, la santé a d’abord été un projet porté par les universitaires et les acteurs hospitaliers -Gustave Roussy, …-, puis ça a été repris par les pouvoirs locaux -la VSB- et c’est désormais relancé par les acteurs socio-économiques locaux et métropolitains -Campus Grand Parc, …-. L’enjeu est celui d’un apprivoisement réciproque afin que les grands acteurs se saisissent des questions fonctionnelles. Aujourd’hui c’est encore trop fragmentaire. Les hopitaux regardent le logement de leurs salariés par exemple, mais on pourrait aller plus loin. »  (François Loscheider, CoDev 94)

« Europacity handicape toute une partie des idées qui pourraient émerger pour développer la partie non-aéroportuaire du Bourget. Les morceaux de métropole peuvent susciter des concurrences. »  (Albert Conty, 1er adjoint au maire du Bourget et VP développement économique de l’EPT Terres d’Envols)

Chaque territoire est à la fois une ville complète et un morceau de métropole

Ce cycle de séminaires a développé un fil rouge : qu’il y ait ou pas « enclave métropolitaine », chaque territoire du Grand Paris est à la fois une forme de « ville complète », où s’organise encore une bonne partie de la vie de chacun, mais aussi « un morceau de métropole », traversé par les parcours et cycles de vie des uns et des autres et de fait, interdépendant avec les autres territoires.
Si la plupart des acteurs locaux ont pris conscience de la prise en compte de cette dualité dans leur construction stratégique, toutefois deux modes de combinaison apparaissent :

  • Pour les uns, il faut d’abord gérer et développer « une ville complète » locale : répondre aux besoins locaux en logement, emploi et services. Les enjeux liés au fait métropolitain sont alors présents mais identifiés à tel ou tel enjeu sectoriel. Là , il s’agit de garantir la place de l’université à l’échelle métropolitaine ou d’assurer le développement d’une off re de bureaux. Ailleurs, l’enjeu métropolitain tient essentiellement aux trajectoires des entreprises. Saclay regarde ainsi vers Paris en se posant une question métropolitaine, celle de l’accueil des start-up.
  • Pour d’autres, c’est autour de l’énoncé de ce qui pourrait être la place spécifique du territoire au sein du Grand Paris que peut se construire un Projet à même de fédérer le territoire. Par exemple, Plaine et Vallée se définit comme un « hub résidentiel » métropolitain : son projet consiste à accueillir dans de bonnes conditions les « desserrés » de la zone dense pour faciliter leur accès à l’emploi vers le pôle de Plaine Commune.

 Cette intégration au fonctionnement métropolitain ne peut eff acer l’exigence d’affirmation de la ville complète. Cet impératif de répondre localement aux besoins en logement , emploi et services des électeurs est à la base du mandat politique local. C’est aussi dans bon nombre de cas une exigence politique afin de compenser localement les inégalités d’accès au sein de l’espace métropolitain.

Enfin dans la plupart des territoires intercommunaux du Grand Paris, le défi est double. Il faut simultanément faire l’apprentissage de la construction de la ville complète à cette échelle (mutualisation des équipements et services…) et mettre cette construction locale en perspective pour se représenter comme un morceau de métropole.

«Il n’y a pas d’opposition entre ville complète et morceaux de métropole, encore faut-il que ces morceaux de métropole ne soient pas un puzzle sans sens»  (Patricia Torjman, Maire de Gentilly)

« Les morceaux de métropole peuvent être des ressources, des leviers au développement, mais ils apparaissent loin des habitants. Comment les élus peuvent aujourd’hui fabriquer de la ville complète sans forcément s’appuyer sur des morceaux de métropole ? »  (Véronique Lavigne, Plaine Commune)

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